Les Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul
Qui nous sommes
Histoire
Commencements
Développement
Vincent de Paul
Louise de Marillac
Catherine Labouré
Rosalie Rendu
Elizabeth Ann Seton
Justin de Jacobis
François-Régis Clet
Jean-Gabriel Perboyre
Frédéric Ozanam
Jeanne Antide Thouret
Spiritualité
Mission
Actualités
Où nous sommes
Coin prière
Le coin des enfants
FAMVIN - La Famille mondiale Vincentienne Le Saint-Siège


Votre Province
Mot de passe


Mentions légales

Web Development
by Maznet
Rosalie Rendu
"Jamais je ne fais si bien l’oraison que dans la rue", dit-elle
Sa foi, ferme comme un roc et limpide comme une source, lui révèle Jésus-Christ en toute circonstance: elle expérimente au quotidien cette conviction de St Vincent : " Dix fois par jour, vous irez voir le pauvre, dix fois par jour vous y trouverez Dieu ... vous allez en de pauvres maisons, mais vous y trouvez Dieu ". Sa vie de prière est intense ; comme l'affirme une sœur, " elle vivait continuellement la présence de Dieu : avait-elle une mission difficile à remplir, nous étions assurées de la voir monter à la chapelle ou de la trouvera genoux dans son bureau. "

"Si l'amour est un feu..."
Responsable de sa communauté, Sœur Rosalie avait reçu la mission d'accompagner chacune de ses sœurs, de les soutenir, de former les plus jeunes, d’animer la vie fraternelle. Elle s'en acquittait avec le plus grand soin, leur communiquant son ardeur et sa joie de servir. Il suffit pour s'en convaincre de relever quelques uns de leurs témoignages:

Elle avait l'art de discerner et d’entraîner. Sœur Angélique raconte : " Comme j’étais la plus jeune et la plus robuste, Sœur Rosalie me donna le quartier le plus éloigné et le plus populeux : vous aurez le meilleur lot, me dit-elle: c'est dans la Cité Dorée, où se réfugie tout ce qu'il y a de médiocre dans Paris. Vous y rencontrerez beaucoup d’ivrognes. Marchez modestement, avec diligence, sans précipitation. Demandez à tous les enfants que vous rencontrerez s’ils vont à l’école. Il y a beaucoup de bien à faire ! C'est vraiment la place d'une Fille de la Charité. "

" Humble dans son autorité, Sœur Rosalie nous reprenait avec une grande délicatesse; sa formule ordinaire était celle-ci : "Notre Seigneur demandait cela de vous... ne l’avez-vous pas compris ? "...

" Elle était sévère sur la manière dont nous recevions les pauvres : ils sont nos Seigneurs et nos maîtres. Y avez-vous pensé, ma sœur, lorsque vous avez expédié ce pauvre si rudement ? "...

" Si, à la suite d'une démarche, nous rapportions une bonne réponse, elle nous envoyait la communiquer aux familles intéressées pour nous faire jouir de leur bonheur et nous encourager à nous fatiguer pour le bien des pauvres : nous n’en ferons jamais assez, mes sœurs ! "

" Sœur Rosalie voyait Dieu dans ses compagnes qu'Il avait choisies pour épouses. Elle les aimait tendrement comme une mère "... "Lorsque le temps était mauvais ou qu'un orage survenait pendant que nous étions en courses, elle trouvait toujours un moment pour mettre nos chaussures dans I'âtre de la cheminée... elle s’assurait elle-même si nous n’avions pas les pieds humides, si nos vêtements étaient chauds !! "...

"Si l'amour est un feu, le zèle en est la flamme !" disait St Vincent. La petite communauté de la rue de l'Epée de Boi,s soutenue par la prière et l’amour fraternel, était prête à affronter la grande misère de ce siècle tourmenté.

"Pour rendre a l'homme sa dignité..."
" Le pauvre peuple meurt de faim et se damne" disait Saint Vincent de Paul.

Telle était la situation des campagnes au XVIIe siècle en France. C’est une situation semblable - pire peut-être! - que constate la jeune sœur Rosalie arrivant au quartier St Médard à Paris. Mal logés, affamés, exploités, les pauvres sont livrés à la déchéance et à la révolte.

" Le plus pauvre quartier de Paris ; celui dans lequel les 2/3 de la population manquent de bois en hiver, celui qui jette le plus de marmots aux "Enfants Trouvés ", le plus de malades à l'Hôtel Dieu, le plus de mendiants dans les rues ... le plus d'ouvriers sans travail sur les places, le plus de prévenus à la police correctionnelle. " Honoré de Balzac.

" Traquer la misère pour rendre à l'homme sa dignité" tel sera l'objectif de Sœur Rosalie pendant 54 ans ! "

Avec sa communauté, elle soigne, nourrit, visite, console, apaise, inlassablement ! Douée d'une vive sensibilité, elle compatit à toute souffrance : " Il y a quelque chose qui m'étouffe, dit-elle, et qui m’enlève tout appétit... c’est l’idée que tant de familles manquent de pain " ...et son intuition féminine lui suggère le geste à faire, la solution à inventer. Pour le service des pauvres - quels qu'ils soient - elle ose tout entreprendre avec intelligence et audace : rien ne l'arrête quand il s'agit de mettre ou de remettre l'homme debout.

Sœur Rosalie vivait à la lettre les recommandations des fondateurs :

" Je ne dois pas considérer un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui parait de leur apparente capacité… Mais tournez la médaille, et vous verrez par les lumières de la foi que le Fils de Dieu… nous est représenté par ces pauvres ; qu’il n'avait presque pas la figure d'un homme en sa passion " Saint Vincent

" Nous devons les aimer tendrement et les respecter fortement " Sainte Louise

Sœur Rosalie ne conteste pas l'ordre établi, n'entretient pas la révolte : ce n'est pas sa méthode. Pour lutter contre l'injustice et la misère, elle éveille la conscience de ceux qui ont le pouvoir ou l'argent, elle travaille à l'instruction des enfants et des jeunes des familles pauvres et, pour répondre à l’urgence, elle pousse au partage : elle " organise la charité. "

" Il y a tant de manières de faire la charité, dit-elle. Le petit secours en argent ou en nature que nous donnons aux pauvres ne peut durer longtemps, il faut viser à un bien plus complet, plus durable : étudier leurs aptitudes, leur degré d'instruction et tâcher de leur procurer du travail et de les aider à sortir d'embarras ". Sœur Rosalie fait preuve d'une grande lucidité. Avec joie, elle soutient et conseille ses amis engagés dans les réformes sociales, mais, par prédilection, la servante rejoint les pauvres, " ses maîtres " sur le terrain de la misère.

"Quand le feu se propage..."
La correspondance de Sœur Rosalie et les témoignages de ses sœurs révèlent son souci de la jeunesse et son talent d’éducatrice. Il n'y a pas loin entre le quartier Mouffetard et le quartier latin ! Quelquefois, on voyait dans son bureau des jeunes gens appartenant à toutes les écoles et aspirant à toutes les carrières : étudiants en droit et en médecine, élèves de l'Ecole Normale et de l'Ecole Polytechnique, chacun venant chercher une " bonne œuvre " à accomplir ou rendre compte d'un service.

Avec tendresse et respect, Sœur Rosalie les accompagne personnellement, a le souci de leurs conditions de vie, les soutient, assure le lien avec leur famille, et, en bonne éducatrice, elle demande à chacun ce qu'il peut mettre au service des pauvres ; à l'un sa plume, à l’autre son activité, à celui-là sa parole, à tous quelques instants pour porter des secours. Elle leur recommande la patience, l'indulgence et la politesse.

" Aimez les pauvres, ne les accusez pas trop ... souvenez-vous que le pauvre est encore plus sensible aux bons procédés qu’aux secours. "

Les relations se poursuivaient lorsque ces jeunes gens repartaient en province : les nouvelles arrivaient alors à la rue de l'Epée de Bois et étaient communiquées aux intéressés grâce à la diligence et à la discrétion de Sœur Rosalie qui continuait à stimuler les vocations qu'elle avait suscitées.

"Pour que grandisse un réseau de charité..."
Au lendemain de la Révolution de 1830, l’effervescence des esprits était grande : inquiétude, soif d'un monde plus juste, désir d'un changement de société, engagement des catholiques. Il y avait à ce moment-là à la Sorbonne, toute une jeunesse studieuse, désireuse d'insuffler une vie nouvelle à cette société malade.

Un petit groupe se réunissait dans une sorte de cercle d’études appelé " Conférence d'histoire ". Les réunions avaient lieu chez M. Emmanuel Bailly, professeur de Philosophie et Directeur du journal " La tribune catholique ". Parmi les habitués de ce cercle, se trouvaient Ozanam, Lamache, Letaillandier, Léon Le Prévost, Lallier ... et quelques autres. Un camarade leur lança un jour ce défi : "…Vous qui vous vantez d'être catholiques, que faites-vous ? "

Cette interpellation fit réfléchir le groupe. L'un d'eux proposa : " Fondons une Conférence de Charité ". Cette idée plut à tous ; mais ils avaient besoin d'un guide. M. et Mme Baillyn, connaissant bien Sœur Rosalie, les envoyèrent à la rue de l'Epée de Bois. Sœur Rosalie leur enseigna à visiter l'indigence à domicile. Ils apprirent avec elle à voir le Seigneur dans les pauvres. Leur indiquant les familles à visiter, elle leur donna des avis sur la manière chrétienne de les aborder, de les respecter, de les considérer comme des frères, riches en humanité.

Fondée à St Étienne du Mont le 23 avril l833, la Conférence de Charité devint, en février 1834, la Conférence de Saint Vincent de Paul, qui fut choisi comme maître et modèle. Le nombre des membres de la Conférence augmenta rapidement. En 1835, Monsieur Le Prévost proposa de la dédoubler pour en créer une à St Sulpic. Il y eut discussion : les avis étaient très partagés ! L'unanimité se fit lorsque celui qui l'avait proposée dit que I'idée venait de Sœur Rosalie. Les Conférences se multiplièrent rapidement à Paris et en province... Frédéric Ozanam rêvait " d'enserrer le monde dans un réseau de charité. "

"Un chemin de réconciliation..."
Le petit parloir de la rue de l'Epée de Bois ne désemplit pas ! La communauté est au centre d’un vaste réseau d’entraide chacun peut venir demander ou offrir. Riches ou pauvres, faibles ou puissants, Sœur Rosalie les connaît tous ; responsable de la communauté, elle est appelée " la Mère " et elle l'est vraiment, prête à porter secours, à chaque instant, à ceux qui souffrent.

Quelques faits relatés par les biographes permettent d’apprécier la droiture, le courage et l'extraordinaire liberté de cette femme hors du commun.

27-28-29 juillet 1830 " Les trois Glorieuses " : le peuple est en colère ! Paris est couvert de barricades. Pendant qu’a la rue du l'Epée de Bois on s’occupe des blessés - émeutiers ou soldats Sœur Rosalie part a la recherche du général de Montmahaut, un bienfaiteur des pauvres, porté disparu. Risquant sa vie, elle franchit les barricades. Elle le découvre grièvement blessé place de l'Hôtel de Ville... elle le ranime: il est sauvé!

La justice des lendemains de révolution est souvent sévère ! Des personnes qui s’étaient compromises pendant les émeutes sont venues chercher refuge chez Sœur Rosalie, qui les a protégées et a facilité leur fuite. Ordre est donné au Préfet de Police, M. Gicquel, d'arrêter Sœur Rosalie. " Impossible ! " dit le policier chargé de l’exécution. Tout le peuple prendrait les armes ! " Qu’à cela ne tienne ! Le Préfet s'y rendra lui-même ! Traversant la foule, il demande à parler à Sœur Rosalie. Très aimablement il est prié d'attendre son tour; ensuite s’engage le dialogue :

  • " Que puis-je faire pour vous rendre service, dit-elle?
  • Madame, je ne suis pas venu pour vous demander un service, mais pour vous en rendre ; je suis le Préfet de Police et je veux savoir comment vous avez osé vous mettre en rébellion contre la loi ?
  • Monsieur le Préfet, je suis Fille de la Charité, je viens en aide aux malheureux partout ... Si vous étiez poursuivi, je vous porterais secours, je vous le promets !
  • Ne recommencez pas ! répond le préfet surpris.
  • Cela, je ne peux pas vous le promettre ! Une Fille de Saint Vincent de Paul n’a jamais le droit de manquer à la charité. "
Février 1831 : Sœur Rosalie remet un bout de pain à un vieil homme ; il le refuse. " Merci, ma Sœur, je n’en ai plus besoin : demain nous allons piller l’Archevêché. " Le lendemain, l’Archevêché est en flammes, mais Monseigneur de Quélen et un groupe de prêtres ont trouvé refuge à la rue de l'Epée de Bois.

A plusieurs reprises, le choléra fait son apparition ! Partout règne la peur, et la peur fait naître la suspicion : on se met à accuser les médecins et les pharmaciens de semer la contagion par haine du pauvre peuple et on veut les massacrer. Le Docteur Royer-Collard transportait un malade à l'hôpital. On l'arrête ! Il proteste ... mais la colère est aveugle ! Alors, il crie à ces braves gens du quartier Mouffetard: " Mais je suis un ami de Sœur Rosalie!" La colère tombe : on le laisse passer !

A l’école, une petite fille pleure parce que son père a été emmené en prison; Sœur Rosalie connaît la famille: cet homme, honnête ouvrier, s'est laissé entraîner par des meneurs. Le général Cavaignac, qui estimait Sœur Rosalie, venait parfois à la rue de l'Epée de Bois... Ce jour-là, elle lui propose une visite à l'école. Pendant que les regards émerveillés des enfants se tournent vers ce visiteur au beau costume damé de galons d’or, Sœur Rosalie s’adresse à la petite fille: " Mon enfant, voici un Monsieur qui peut, s'il le veut, délivrer votre papa "

  • " Ah! Monsieur, rendez-moi mon papa ! Nous avons grand besoin de lui à la maison ! "
  • " Mais, il doit avoir fait quelque chose de mal?" " Oh non! Maman m’a dit que non ... et, s’il l’a fait, il ne le fera plus, je vous le promets ; oh, rendez-le moi ! Je vous aimerais bien! "
Lequel fut le plus ému ? Quelques jours plus tard - sans doute grâce à l'intervention de Sœur Rosalie - le prisonnier se retrouvait en famille.

1848 ! De nouveau l’horizon se charge de nuages ! La bourgeoisie veut régner et le peuple veut vivre autrement que misérable ! Et ce fut le même déroulement qu'en 1830 : batailles de rues dans tout Paris ! Une forte barricade avait été dressée à l'angle de la rue Mouffetard et de la rue de l'Epée de Bois. Elle était bien défendue ! Un officier de la Garde Mobile gravit la barricade avec ses troupes, mais tous ses hommes étant tombés sous la rafale des manifestants, il resta seul au milieu des émeutiers en furie. Il se précipita alors dans la petite cour de la maison des sœurs : les fusils des manifestants se braquèrent sur lui : Sœur Rosalie s’interposa en criant : " On ne tuera pas ici ! " - " Non ! mais dehors ! On l'emmène !! " Sœur Rosalie refuse... Les hommes, ivres de sang, vont faire feu par-dessus les épaules des sœurs qui entourent le condamné. Mais Sœur Rosalie s'est jetée à genoux : " Au nom de tout ce que j’ai fait pour vous, pour vos femmes et vos enfants, je vous demande la vie de cet homme! " Les fusils s'abaissent ... quelques hommes pleurent. L'officier est sauvé ! "Qui êtes-vous, ma Sœur ? " demande-t-il.

"Ríen, Monsieur, une simple Fille de la Charité. Rien que cela !"
Rien que cela ! Mais vraiment cela!